Les gadgets électoraux : quels effets sur le résultat de l’élection ?

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Le premier objet publicitaire est apparu en Angleterre au XIIIème siècle : des bagues personnalisées pour les cigares, tandis qu’en France, Aristide Boucicaut créé les premiers objets publicitaires : des éventails (1). Un siècle après, M. Gadget vend aux USA des miniatures de la Statue de la Liberté en parallèle à sa livraison (2). Dans l’hexagone, le premier goodie en communication publique apparaît en 1958 sous la forme d’un porte-clef avec la Croix de Lorraine proposé par Michel Bongrand. De Gaulle n’y croyait guère (3). Les militants gaullistes en raffolaient. Depuis 2018, l’Élysée commercialise de très nombreux produits fabriqués en France avec le logo de la Présidence (4).

En France, en communication politique, on retrouve une première trace des gadgets en 1965 avec les « ballons verts » proposés par Bongrand à Lecanuet. En 1974, les jeunes giscardiens arborent fièrement le tee-shirt « Giscard à la barre » puis celui floqué du « Bonne chance Giscard ».

Lesdits gadgets sont parfois utilisés lors des municipales, départementales et régionales. Avec plus ou moins de conviction. Et un impact discutable. L’élection présidentielle à venir et les législatives à suivre n’échappent pas au questionnement : les goodies sont-ils utiles ? En règle générale, ils ne représentent pas la préoccupation majeure des stratèges dont les directeurs de campagnes. Les entrepreneurs de communication marchande les sollicitent. Ils font souvent la sourde oreille pour parfois céder sous la pression des militants.

La tautologie des entrepreneurs de communication par l’objet

Le souci ? Cet investissement ne sert en réalité que dans les meetings et les réunions publiques. Contrairement aux USA, militants et sympathisants français ne les arborent point ailleurs. La forme ? Pas toujours liée à une formidable originalité : sweat-shirts, bracelets en soie, carnets, clés-USB, stylos, balles en mousse…  Sans compter la grande mode des goodies équitables et écologiques. La prime de l’originalité ? L’été 2015, les jeunes de LR avaient remis aux estivants des préservatifs « Merci pour ce moment ». Drôle mais cruel. Et d’un goût discutable. Reste que s’il reste facile d’évaluer un meeting, une émission de télévision, un panorama de la presse, une petite phrase, l’impact des goodies n’est jamais jaugé. Sauf à se situer dans le registre de la tautologie comme ce site web de vente de goodies qui assure « que les objets publicitaires politiques sont « plébiscités pour leur taux de mémorisation, de conservation et de satisfaction, l‘impact des objets publicitaires favorise une relation privilégiée avec votre public lors des municipales 2020 » quand un site concurrent postule que le goodie publicitaire doit être un élément central dans votre stratégie de communication ».

Une plus-value indiscutable pour les grands meetings télévisés

En revanche, il semble évident que les goodies permettent de donner un univers coloriel dans les meetings, une gaieté, qu’ils contribuent à ambiancer ces manifestations et qu’ils renforcent probablement le sentiment d’appartenance. Reste le rapport au financement de la campagne. Peu ou pas de communication en termes de gain. Pour une présidentielle ? Possible mais les trésoriers et les directeurs de campagne restent timides quant à dévoiler le montant de ce que rapportent ces objets publicitaires. En 2017, l’équipe de François Fillon donnait les chiffres suivants sur une vente de goodies : environ 4.000 euros pour un meeting modeste et 20.000 euros pour un grand. On imagine le résultat comptable quand il s’agit de « petits candidats » !

A l’échelon local, un impact discutable et discuté

Reste le questionnement lors des élections législatives et des élections locales. A l’exception de quelques grandes villes, les réunions publiques, très rarement couvertes par les chaînes de télévision, on voit mal l’efficacité de cet investissement. Si le questionnement demeure (selon les cas et les budgets) à propos des législatives, l’utilisation des goodies à l’échelon local est plus discutable. On imagine, dans un canton comportant 30.000 électeurs – dont 18.000 s’abstiendront de voter -, l’efficacité d’un sweatshirt avec les noms des deux candidats du binôme, sweat porté par une douzaine de supporters dans un territoire de plusieurs communes ? Ou encore celle d’un stylo avec la bobine des candidats ?

La cruelle réalité des budgets

La réalité réside aussi dans les budgets. Non seulement, le législateur a prévu des plafonds mais de nombreux candidats éprouvent les pires difficultés à trouver les fonds pour la campagne militante. Avec la réforme de 2017, les conditions de financement électoral ne permettent plus les emprunts en dehors de l’UE. Dès 2014, le PDG de la Société Générale avait même indiqué que sa politique de crédit était de ne plus prêter aux formations politiques et qu’il convenait de repenser les financements éponymes. On le sait, les partis vivent aussi au-dessus de leurs moyens. Et s’ils accordent des investitures et des soutiens, il est extrêmement rare, qu’en dehors de la présidentielle, ils accordent des lignes budgétaires à tel ou tel candidat. On se dirige ainsi vers des campagnes aux maigres budgets communication. Les goodies risquent d’en payer les pots cassés.

Freddy Roy

(1) Le cadeau publicitaire remonte à 1918. M. Parker propose alors à ses clients la personnalisation des stylos avec couleurs et inscriptions au choix. Les Américains se sont précipités sur ces stylos qui représentaient le symbole de la signature de l’Armistice

(2) La Statue de la Liberté a été offerte par la France aux Etats-Unis en 1886

(3) Lire à ce propos le sujet sur les goddies in « Communication politique », Pearson, coll. dirigée par Th. Libaert

(4) L’intégralité des bénéfices se trouve affectée aux projets de restauration du siège de la présidence de la République française.

Conseiller en communication politique : l’institutionnalisation d’un rôle

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Depuis que les hommes vivent ensemble la communication politique (1) représente un élément éponyme essentiel. Déjà, au Ve siècle avant J-C, des pharaons égyptiens revendiquaient leur puissance en édifiant des monuments. A ces prestigieux précurseurs succédèrent César, Henri IV, le Roi Soleil, Napoléon 1er et bien d’autres qui apporteront leur marque.  Mais de quelle manière et à quelle époque cette expertise a-t-elle été vraiment légitimée et institutionnalisée ?

De James Bond à la politique

En 1965, en amont de la campagne présidentielle, Michel Bongrand propose ses services au général de Gaulle. Logique pour ce gaulliste de la première heure, médaillé de la Résistance et croix de guerre 39-45. Charles de Gaulle refuse. Il décline également la possibilité d’utiliser son temps de parole à la télévision au début de campagne. Bongrand rencontre alors le centriste Jean Lecanuet (MRP) qui, en octobre 1965, ne dépassait pas 5 % dans les sondages. Ce publicitaire a de quoi séduire. D’un suivi in situ de la campagne de John Kennedy en 1960 au lancement en France de James Bond et des Beatles, ce proche de Jacques Chaban-Delmas a alors l’idée d’importer les méthodes d’Outre-Atlantique en France.

1965, la première présidentielle au suffrage universel direct

La première élection présidentielle au suffrage universel direct, en décembre 1965, a, de ce fait, constitué une belle occasion avec, – outre le mode de scrutin -, plusieurs nouveautés. Scrutin pour la première fois couvert à la télévision. Un foyer français sur deux bénéficie d’un récepteur et les détenteurs convient les voisins et amis. Les oppositions, pour la première fois, profitent d’un temps de parole à la TV. Les sondages, qui jusqu’à lors se cantonnaient au domaine commercial, s’intéressent désormais à la politique.

Approche stratégique et déclinaison

L’approche stratégique de Bongrand ? La personnalisation, l’utilisation des techniques du marketing et la domestication de l’image audiovisuelle. La déclinaison s’articule autour de trois niveaux : régionalisation des interventions publiques préparées à l’aide d’études socioéconomiques de chaque territoire visité, médiatisation maximale des visites par la presse locale et nationale grâce au carnet d’adresses du spin doctor français et américanisation de la campagne : enquêtes d’opinion, marketing et mise en avant raisonnable de la vie privée.

Anecdotes de campagne

À défaut d’obtenir un débat télévisé sur le modèle Kennedy-Nixon, le publicitaire imagine une mise en scène : réunir des militants centristes au Palais des sports et diffusion, avant le discours de Jean Lecanuet, de la prestation télévisée du président sortant. La comparaison est à l’avantage du challenger. « Lecanuet a gagné son meeting alors qu’il n’était pas encore entré dans la salle, ensuite, il peut dire n’importe quoi ; de toute manière il est acclamé » raconta la journaliste Michèle Cotta.  A Grenoble, Bongrand fait lâcher dans la salle des ballons verts, couleur d’espoir. En général, les meetings se veulent conformes aux canons américains avec musique, mise en scène de la famille et couverture par des magazines tel Paris-Match. Les affiches électorales ? Lecanuet y apparaît souriant mettant en avant sa jolie dentition. Non dénué d’humour, le PCF parodie le slogan de la marque Colgate : « Dents blanches, haleine fraîche » ! La photographie, à bord d’un hélicoptère avec son épouse, fait titrer à Françoise Giroud « Le Kennedy français » et à France Soir : « Lecanuet a été lancé comme James Bond » !!! En comparaison, les campagnes du général de Gaulle, de Mitterrand et de Duclos (PCF) apparaissent quelque peu surannées. A l’arrivée, même si elle demeure plus technique que stratégique (2), l’influence de Bongrand constitue un véritable marqueur.

Légitimation et institutionnalisation

Finalement, Jean Lecanuet obtint près de 16 % des suffrages exprimés, obligeant Charles de Gaulle à affronter François Mitterrand au second tour : surprise dans l’opinion publique et légitimation de la fonction communication au sein des partis. Aux élections législatives de 1967, les gaullistes, ironiques lors du lancement de campagne de Lecanuet « comme une savonnette », firent la danse des sept voiles pour s’assurer de la collaboration de Michel Bongrand ! (3)

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(1) Terme utilisé depuis la moitié du XXe siècle. Le mot propagande est, lui, apparu à la fin du XVIIIe siècle

(2) En amont d’une campagne, le projet politique est – ou pas -, communicant. Celui de Jean Lecanuet a été rédigé par ses conseillers politiques. Idem pour le positionnement (jeune, à la fois atlantiste et européen). La plus-value de Bongrand est toutefois indiscutable en termes techniques et de créativité. Source : les politistes Jean-Luc Parodi et Roland Cayrol cités in « Conseiller en communication politique – L’institutionnalisation d’un rôle », thèse de doctorat en Science politique, Jean-Baptiste Legavre (1993, Paris I – Sorbonne)

(3) Jusqu’en 1981, celui qui était surnommé « Le Pape du marketing politique » assura aussi les campagnes de l’Etat notamment celles de la Sécurité routière avec les slogans « Un petit clic vaut mieux qu’un grand choc » et « Boire ou conduire il faut choisir » et bien sûr, jusque dans les années 90, les campagnes électorales des candidats gaullistes et centristes.

Les règles du jeu de la campagne présidentielle

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Renforcée par le quinquennat (depuis 2002) qui présidentialise un peu plus le régime, l’élection présidentielle repose sur des règles. D’ordre constitutionnel tout d’abord. De sélection des candidats au sein des partis ensuite. Et enfin, en termes de stratégies d’information et de communication politiques.

Élection centrale sous la Ve République

Mode de scrutin et organisation des bureaux de vote, calendrier, conditions de parrainage, procédures en cas de contentieux organisent le volet pratique et matériel. S’y ajoutent les règles relatives au financement de la campagne et celles qui précisent les moyens de communication utilisables ou interdits.

Cette élection centrale sous la Ve République est supervisée par le Conseil constitutionnel, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale et enfin par le CSA.

Un mode de scrutin clair et singulier

Le mode de scrutin présidentiel, simple, clair, nationalise l’élection. Il est quasi immédiatement suivi par les législatives. L’élection repose sur le résultat d’une compétition de partis et aussi de personnalités et ces deux notions se trouvent largement combinées.

Naturellement, la modalité la plus singulière du scrutin (deux candidats au 2e tour), pèse tant sur les stratégies que sur le débat lui-même. Aussi, la communication des « candidats majeurs » se trouve-t-elle traversée par une double exigence : se distinguer et rassembler. Il en va de même en amont pour les formations qui choisissent le système des primaires.

Un financement très règlementé

Les affaires politico-financières des année 80 ont emmené le Parlement à légiférer afin d’assurer une plus grande transparence de la vie politique et des campagnes électorales. Sur ce dernier point, il convient de retenir cinq grands principes : le plafonnement des dépenses, l’obligation de transparence, l’interdiction des dons des personnes morales et la limitation des dons des particuliers, l’aide de l’Etat aux candidats et enfin le contrôle des financements par une commission indépendante.

1965 : le marqueur de la communication post-moderne

Légitimée et professionnalisée en 1965, cette communication ne revêt guère de nouveauté sur le principe. Des pharaons égyptiens qui édifièrent des monuments pour revendiquer leur puissance à Jules-César (l’obéissance par l’identification) en passant par la rhétorique (Ve siècle avant J-C.) avec les Sophistes qui enseignaient l’art de l’éloquence, on a toujours communiqué !

Reste qu’aujourd’hui, la communication électorale constitue un exercice délicat. Il convient de faire connaître son message à près de 48 millions d’électeurs en alternant la communication directe et la communication indirecte. Il s’agira d’élaborer et de piloter une stratégie d’image et de répondre au questionnement des électeurs : ce candidat est-il à la hauteur de la fonction ?

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Singulières campagnes électorales

Freddy Roy

Les campagnes électorales régionales et départementales reposent sur un principe de base :  organiser un débat sur ce que doivent être ces territoires. 

Pour une partie de la population, de telles campagnes demeurent, sur le principe, le seul contact avec le système politique régional et départemental. L’unique moment aussi où nos compatriotes se sentent écoutés; où les postulants font un effort d’écoute particulier. 

Quelles campagnes électorales ?

Une observation des acteurs à la manœuvre démontre que les campagnes sont essentiellement présentes sur les réseaux sociaux. Pour les régionales s’y ajoute une couverture médiatique convenable. Encore que la focalisation sur deux ou trois régions en interpelle plus d’un. Comme en 2015, les départementales sont superbement ignorées. Tout juste si la PHR et la PQR ont présenté les binômes. Mais pour l’heure, rien sur les jeux et les enjeux politiques.

Le militantisme ? Pour les départementales, les comptes Facebook dédiés ne dépassent guère le nombre des aficionados ! Visites d’entreprises (beaucoup refusent), porte-à-porte quasiment absent, visites sur les marchés, rencontres avec les relais d’opinion, rares distributions de flyers, pour autant qu’un arrêté municipal s’y oppose pas ! Les budgets conséquents permettent heureusement d’adresser un quatre pages.

Les réunions ? Le gouvernement a déconfiné les campagnes en termes de possibilité d’organiser des réunions publiques. Sauf que dans la pratique, cela ne fonctionne pas, encore que pour les régionales, certains tentent les « meetings numériques » !

Toutefois, à partir du 9 juin, en espace clos comme en plein air, la jauge montera à 65 % et la limite à 5.000 personnes, ce qui autorise des meetings de fin de campagne (régionales). Au-delà de 1.000 personnes, le pass sanitaire sera demandé à l’entrée. Reste qu’il conviendra surtout de trouver les participants.

 

Le désintérêt des électeurs

Pour l’heure, le désintérêt des électeurs est patent. Il ne réside pas uniquement dans la crise sanitaire. En 2015, déjà, l’attention pour ces consultations paraissait modeste : 49,9 % de participation aux régionales et 50,2 aux départementale. Pourquoi ? Pour beaucoup, la Région, voire parfois le Département, sont éloignés. Leur fonctionnement repose un triptyque président, administration et deux ou trois vice-présidents. Aux notables parfois charismatiques – qui accédaient autrefois à ces mandats – ont succédé des représentants des classes moyennes. Aux départementales, les binômes ont par ailleurs fait perdre en lisibilité, d’autant que certains parlent, à tort, de « liste ». Les programmes ? Si aux régionales des tendances sont esquissées, aux départementales, le phénomène est inverse. Les candidats évoquent toutefois de manière erratique l’écologie, la fibre optique ou telle ou telle problématique locale. Guère possible de distinguer la couleur politique à partir des professions de foi. 

Le gouvernement, après hésitations, a décidé d’appeler le corps électoral à voter au début de l’été. Reste que l’opportunité d’organiser de tels scrutins risque de trouver sa réponse dans les urnes. Un signe ? L’énorme difficultés des mairies à trouver des assesseurs pour ce double vote !

 

Freddy Roy

Du projet de territoire aux axes de campagne

Essentiel de préciser une idée quand on candidate au suffrage universel. Que faut-il mettre en avant ? Quels sont les messages principaux ? Comment s’y prendre ? Véritable colonne vertébrale, l’axe de communication répond à ce questionnement et pilote la cohérence des messages.

Les programmes municipaux et intercommunaux souffrent souvent d’une double ambiguïté : l’imprécision et la ressemblance.

Du reste, ces projets ne constituent, en réalité, qu’une base de travail. En fonction de l’évolution des compétences territoriales, de la marge financière réelle, certaines promesses écrites et verbales ne se réalisent parfois qu’au début du mandat suivant. Ou finissent aux oubliettes ! 

Une propagande électorale prolixe

La densité des documents (profession de foi, flyers, journaux de campagne, articles du bog et du site web, newsletter, clip…) ne facilite pas forcément la communication. De plus, la documentation est multipliée par le nombre de candidatures déposées. A l’arrivée, la compréhension et la mémorisation deviennent difficiles pour l’électeur. 

Solution ? Définir deux ou trois axes pour fournir à la communication électorale une véritable structure. Il s’agit de condenser les propositions du projet de territoire en quelques messages originaux facile à mémoriser. 

La personne du candidat, la thématique ou un mix ?

Traditionnellement, les candidats optent pour le registre thématique central, celui de la personnalité, celui de la gouvernance ou encore un axe ramassant les trois volets.

La difficulté ? Déterminer des axes impactants qui synthétisent l’offre électorale. Dès lors, plusieurs hypothèses sont envisageables :

  • aller vers une thématique dont la tête de liste est réputée en tant qu’expert ; préférer une thématique « inattendue » afin de stimuler l’attention à l’endroit du candidat tête de liste ;
  • opter pour un mix : thématique et personnalité.

Elaborés dans des ateliers participatifs ou par des consultants spécialisés voire directement par les principaux colistiers, ces axes peuvent se résumer à l’annonce de thématiques privilégiées : « sécurité et propreté, famille, écologie et bonne gouvernance » (1).  Ils peuvent aussi être proposés avec des verbes d’action : « aller chercher l’excellence, améliorer le cadre de vie en faisant entrer un peu plus la nature dans la ville, donner une identité forte » (2).

Le souci ? Rassembler plusieurs strates électorales comme les jeunes et les seniors (simple exemple) et garder une cohérence certaine par rapport à son identité.

Les slogans, eux, vont porter la promesse électorale contenue dans l’axe. Ils représentent l’axe et se doivent d’être brefs, percutants et mémorisables. Ils peuvent du reste avoir l’apparence des axes de communication mais il s’agit bien de deux notions distinctes.

Développer une motivation et réduire un frein

 A l’exception des grandes villes -, les chaînes de télévision, les stations des grandes radios et la presse nationale n’aideront point à la mémorisation : trop de communes, d’intercos et autant de cas particuliers ! Un axe, – souvent illustré par une promesse -, résume l’idée centrale. Il va développer une motivation, réduire un frein… Il permet de rattacher l’ensemble des idées et le ton à la campagne électorale et parfois même impose l’agenda médiatique.

Autour de l’axe (ou des axes) la stratégie véhiculera les messages et les évènements qui les mettront en valeur. Les uns et l’autre devront bien sûr se situer en parfaite cohérence avec le positionnement adopté !

Freddy Roy

1. Rachida Dati à Paris, municipales 2020

2. Fanny Ruin, Amiens, municipales 2020

Politique ou com’ : la clef d’une municipale ?

Article Municipale Freddy Roy

La politique locale est-elle réduite à la communication politique comme tente de le faire croire un nombre conséquent d’entrepreneurs en communication ?

Rien de moins certain. Contrainte par une législation rigoureuse, la communication électorale municipale demeure particulière dans la mesure où la communication interpersonnelle est essentielle. A l’exception des grandes villes, chaque tête de liste peut se faire connaître par une majorité des électeurs.

Le point central : le projet municipal

Heureusement, une campagne ne se réduit pas à dispenser des informations via des vecteurs couteux et parfois inutiles ou proscrits. En amont, les candidats se préoccupent souvent de bénéficier de l’investiture (ou du soutien) d’un parti et de ses alliés. Autre point central : le projet municipal. A l’exception des extrêmes, force est de constater que les mêmes préoccupations et des solutions semblables sont mises en exergue : environnement bichonné, urbanisme maitrisé, emploi, dépenses contenues, projets innovants…

Se présenter consiste aussi à trouver le bon positionnement, à réussir des alliances, à s’attirer des soutiens. Les stratégies dites d’image reposent sur la personnalité des candidats. Mais aussi sur deux ou trois singularités mémorisables en termes de projet municipal et intercommunal. Sans oublier la présence d’une vraie colonne vertébrale à l’intérieur de la liste et le bénéfice d’un contexte national et local favorables.

Des ressources considérables

Quant aux citoyens qui souhaitent vraiment s’informer, ils disposent à cet effet de ressources considérables : circulaires électorales, réunions publiques, journaux de campagne, sites web, réseaux sociaux, présence des candidats dans les lieux publiques, articles dans la presse locale et parfois nationale, flyers… Reste qu’une grande partie des électeurs n’a guère le temps ou l’envie de s’y intéresser.

Candidats, journalistes et électeurs interagissent

Des trois catégories d’acteurs qui interagissent, les candidats, les électeurs via les sondages et les journalistes de la presse locale, ces derniers fournissent un travail de bonne qualité. Grâce à eux, le corps électoral local dispose des informations essentielles. L’information des impétrants se dispense toutefois dans un spectre médiatique local saturé. On peut aussi regretter que la place donnée aux sortants dans leurs colonnes soit plus importante. Ils bénéficient d’articles en tant que candidats et aussi d’une couverture en tant que maires sortants. La presse territoriale vient consolider leur légitimité. Fort heureusement, ce parti pris journalistique n’a jamais empêché les alternances !

Freddy Roy

Les municipales et les réseaux sociaux

Portrait de Freddy Roy La Roche sur Yon

Les municipales et les réseaux sociaux : des contentieux en prévision !

A n’en point douter, les greffes des tribunaux administratifs vont avoir du travail après le 22 mars 2020. Ce, par la faute de l’utilisation discutable des réseaux sociaux, – tant par les candidats têtes de listes – , que par certains de leurs colistiers ou également de leurs afficionados. Pour ces derniers, quelques-uns tutoient même en permanence le harcèlement numérique voire la diffamation. Ces délits relèvent, eux, des tribunaux de la Justice pénale et de la Justice civile.

Interdiction des liens sponsorisés depuis le 1er septembre

De son côté, la Commission nationale des comptes de campagnes interdit les liens sponsorisés des réseaux sociaux. Elle distingue ainsi les contacts obtenus de manière naturelle (sans rémunération) et la visibilité associée à un procédé payant. Le Conseil d’Etat a lui sanctionné l’achat d’un référencement commercial de sites web. Quant à la récente jurisprudence administrative, elle met un éclairage sur le raisonnement du juge de l’élection, semblable à celui qu’il adopte pour les autres outils de la communication électorale. Deux items structurent ses motivations : l’identification d’un abus de propagande électorale et celle d’une possible irrégularité dans la présentation des comptes de campagnes.

Les productions postées et tweetées sont encadrées

Rappelons qu’il semble délicat d’ester au Tribunal administratif si l’écart de suffrages obtenus dépasse les 5 %. Dans le cas contraire, le juge de l’élection raisonne à l’identique d’une analyse relative aux supports print : écart de voix, caractère nouveau du post ou du tweet, possibilité ou non d’y répondre, densité de la diffusion. Le juge dispose d’éléments pour en mesurer l’impact : nombre de followers, de fois où la publication a été consultée, du statut (public ou privé), des partages, de la date et de l’heure de diffusion. Il en va de même des commentaires.

Confusions en tous genres

S’il paraît inutile de supprimer les éléments d’informations de ses réseaux sociaux, il est interdit de poster ou de tweeter à partir de la veille du scrutin à zéro heure. Interdit aussi à un maire de créer une page Facebook susceptible d’être confondue avec la page officielle de la Ville. La jurisprudence ne semble point constituée pour les maires qui publient sur leur compte de campagne des informations municipales avant qu’elles ne soient postées sur le compte de la Ville (ou de l’Agglomération). Sans compter les décisions de justice, pour ceux qui – sans vergogne – , utilisent le photographe de leur collectivité à des fins électoralistes.

Le Conseil d’Etat a suivi le Tribunal Administratif à propos d’un maire sortant qui, durant une campagne, mélangeait les informations institutionnelles et la propagande électorale (CE, 6 mai 2015, n°382518). Logique, l’internaute doit être en mesure de distinguer clairement s’il consulte un support de la collectivité ou s’il s’agit d’un compte militant. De même, est-il conseillé aux webmasters des villes et des EPCI de supprimer les commentaires qui valorisent leur édile (article L. 58-8 du Code électoral). Quant aux agents titulaires et contractuels de la puissance publique, ils sont invités à ne pas promouvoir les comptes numériques militants de leur employeur.

Freddy Roy,
Consultant et enseignant en communication politique
Formateur en droit électoral à la FNERR